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Seniors et sexualité

du Dr Nicolas Hoffmann

L’appétit pour le sexe disparaît-il avec les ans? Est-il soluble dans la vieillesse, comme l’a demandé cet été un adulte jeune? N’en déplaise à nos enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants, la réponse est  NON.

Certains parmi nous le savaient déjà comme un fait d’expérience personnelle. Mais cela vient d’être confirmé par une étude statistique de l’Université de Chicago, menée auprès de 3005 personnes (1550 femmes et 1455 hommes âgés de 57 à 85 ans) et publiée en août 2007 par des médecins et chercheurs du Département d’Obstrétrique et de Gynécologie.

Constatation majeure, jusqu’à l’âge de 70 ans, la fréquence des rapports sexuels chez les seniors bien portants, donc en bonne santé physique et mentale, diminuerait, en gros, fort peu. Elle ne varierait pas non plus énormément, selon les différentes classes d’âge considérées, dans les deux sexes, car 73% de la tranche 57-64 ans se déclarent sexuellement actifs. A partir de 65 ans, l’étude ne fournit plus de chiffres précis pour les dames, mais, parmi les hommes, 53% de la tranche 65-74 ans et 26% de la tranche 75-85 ans seraient encore actifs.

Ces choses qu’on dit maintenant librement étaient encore un tabou aux yeux des jeunes il y a à peine trente ans, même si le bon Dr Justin Besançon (rejeton d’une petite dynastie d’orthopédistes parisiens) conseillait déjà du temps de ma jeunesse à ses collègues : « Mes vieux amis, ne dételez jamais! » Donc que les seniors, pour ceux et celles qui le désirent, aient sans complexes une sexualité gaie et enjouée, car une sexualité heureuse au-delà de la balise de 65 ans n’est pas un mythe, était son message.

De son côté, un sexologue de Genève, le Pr. Willy Pasini affirme, qu’à partir de 75 ans, 60 à 80% des hommes ont des problèmes d’érection. Cela cadre assez bien avec les 26% encore actifs de l’étude chicagoise. (Un rappel à l’intention des ‘jeunes’ : Willy Pasini dit qu’entre 20 et 65 ans, le chiffre des hommes ayant des problèmes d’érection oscille entre 5 et 20%.) Mais, dit-il, ce qu’il convient de retenir, c’est que le désir, certes atténué et mêlé de fantasmes et de souvenirs, ne s’éteint pourtant pas chez les anciens. Je n’ai pas trouvé chez cet auteur de statistiques chiffrées concernant les dames, mais il n’est pas interdit de penser que l’âge de la retraite arrivé, elles suivent un cheminement à peu près parallèle mais un peu décalé vers le bas à celui de leurs congénères masculins. 

L’étude américaine ne nous fait pas y voir plus clair en ce qui concerne les passages à l’acte à partir de 65 ans chez les dames, mais le fait est que dans le domaine du désir, qui, comme chacun le sait, est doux et léger comme un zéphir et donc difficilement saisissable par autrui qui ne possède pas les bonnes antennes, à moins que ce désir ne trouve son expression explicite en toute clarté, nous resterons toujours dans le vague en ce qui concerne sa mise en œuvre pratique chiffrée. Car cette étude n’est pas un rapport Kinsey ni Simon. Elle n’en souligne pas moins que si la sexualité des gens, femmes autant qu’hommes, entre 55 et 64 ans est très comparable à celle des tranches d’âge antérieures, elle devient, et on pouvait s’y attendre, totalement différente à partir de 75 ans.

D’abord, la proportion des personnes ayant un(e) partenaire décline drastiquement, plus pour les femmes que pour les hommes, car dans nos pays les dames ont une espérance de vie plus longue de quelque 5 à 6 ans que les hommes et deviennent par conséquent majoritaires dans ces parages d’âge. Ensuite, note l’étude, la proportion de celles encore actives sur le plan sexuel l’année précédente (donc à l’étiage 74) décline même parmi celles disposant encore d’un partenaire. Car pratiquement à tout âge de la vie, les hommes sont plus susceptibles de s’engager dans une relation maritale ou intime que les femmes, et cette différence augmente  avec les ans. D’ailleurs, parmi les interviewés un plus grand nombre de femmes cochaient le sexe comme « pas important du tout » ( 35% des femmes, contre 14% des hommes).

Autre constat intéressant, ce n’est pas le vieillissement en tant que tel qui  pose problème aux seniors dans l’exercice de leur sexualité, mais l’état individuel de santé des uns et des autres. Par exemple, la prise de bêtabloquants pour hypertension peut causer des érections molles, appelées pudiquement dysfonction érectile (37% des hommes),  la prostatectomie radicale pour cause de cancer peut causer une impuissance, le chamboulement hormonal de la ménopause une sécheresse vaginale (39% des femmes), mais tout (presque tout) cela est remédiable si on en parle à son médecin. Autres plaintes : 43% des femmes se plaignaient d’une baisse du désir (baisse, mais pas absence) et 34% d’absence d’orgasme. Mais seulement 22% des femmes seniors de cette étude ont parlé de leurs problèmes sexuels à leur médecin, contre 38% de leurs homologues de sexe masculin.

Pour terminer, que se passe-t-il globalement sous la couette des seniors? L’étude affirme qu’« un nombre considérable d’hommes et de femmes ont des rapports vaginaux, oraux ou se masturbent, même parmi les septuagénaires et octogénaires » Elle rapporte aussi « avoir établi que près de 50% des hommes et 25% des femmes disent se masturber, qu’ils aient ou non un partenaire sexuel ». Cela donne à penser aux auteurs « qu’il existe parmi les adultes plus âgés une pulsion ou un besoin intérieur de satisfaction sexuelle ». Ils ne pensent pas si bien dire, car psychanalytiquement parlant les humains ne continuent pas de vivre lorsque le désir au sens freudien large du terme s’éteint en eux. Cela ne signifie cependant pas qu’il serait interdit à qui que ce soit de sublimer sa pulsion sexuelle. Certains de mes vieux camarades rendus impuissants par leur prostatectomie radicale me déclarent qu’il s’agit  pour eux d’une véritable libération.